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L'Album de Marco

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Souvenirs Parfumés à l'Huile de Ricin


Jochen RINDT (1942-1970)

Publié par Méric sur 11 Février 2026, 17:27pm

Jochen RINDT (1942-1970)

   L'article, dont copie ci-dessous, est paru dans la revue aujourd'hui disparue "CHAMPIONS". Il n'est pas signé, mais je pense que l'auteur est José Rosinski. Ado, j'ai assisté à quelques unes des courses de Jochen RINDT (Le Mans, Reims, Rouen, Silverstone) et à chaque fois j'étais impressionné par sa détermination, quelque soit le niveau de sa voiture.  

    Vendredi 4 septembre, à Monza, par un de ces étouffants après-midis de fin d'été milanais, le Champion du Monde des conducteurs 1970 a trouvé la mort. Comment ? Denis Hulme, qui le suivait, a dit : "Il était juste devant moi à la fin de la ligne droite. Il a freiné pour la Parabolique. J'ai vu la Lotus osciller, j'ai pensé : tiens, Jochen l'acrobate doit être en train de faire son temps... Mais la voiture a brusquement piqué vers la gauche, elle est sortie de la piste, elle a heurté le rail. Elle a disparu dans un nuage de poussière, j'ai vu des morceaux de carrosserie voler partout, et puis je suis passé". François Cevert dit : "J'ai vu l'accident de loin. Lorsque je suis arrivé à l'entrée de la Parabolique, j'ai vu la Lotus arrêtée, mais pas Jochen. J'ai pensé que ce n'était sûrement pas grave". Quelques minutes plus tard, devant les stands, la nouvelle de l'ac- cident se répand, mais on ignore sa gravité. Soudain je vois Jackie Stewart se précipiter vers Betty Hill, et tous deux vers Nina, la femme de Jochen.

   Ils disparaissent avec Colin Chapman dont le visage s'est contracté au point de devenir presque méconnaissable. Personne ne prend plus la piste, une sorte d'hébétude s'abat sur le circuit surchauffé. On n'y croit pas, mais on a compris. Une heure plus tard, Stewart, blême, monte comme un automate dans la March bleue. Lorsqu'il a enlevé ses lunettes de soleil pour mettre son casque, ses yeux gonflés, vidés de regard, sont apparus un instant. On sent à cet instant combien il est seul, comme il s'est cuirassé dans son rôle de champion pour résister à l'envie de foutre le camp qui, un instant auparavant, l'a saisi aux tripes. Morne, apparemment indifférent, il s'absorbe dans le cérémonial habituel qui consiste à aider le mécanicien qui boucle ses ceintures autour de son corps. A enclencher les pompes. A appuyer sur le démarreur, et vérifier dès que rugit le moteur les indications des instruments de bord. Il embraye et disparait. Il ne reviendra qu'après avoir signé ce qui est alors le second meilleur temps, intercalé entre les deux Ferrari dominatrices d'Ickx et Regazzoni.

    C'est ainsi. Il n'y a rien de moins grandiloquant, ni de plus profondément ressenti que la mort d'un pilote de course. Au moins parmi ses pairs. Des liens étranges mais forts unissent ces rivaux. Dans leurs rapports, la jalousie, la mesquinerie n'ont pas de part. Et Jacky Ickx a conclu, alors qu'après le Grand Prix du Canada, il restait le seul à pouvoir surpasser le total de 45 points marqué par Rindt : "Même si j'y parvenais, je persisterais à considérer que Jochen est le Champion du Monde 1970."

    Contrairement à certaines feuilles de la presse quotidienne, nous ne faisons pas profession ici d'exploiter le goût du grand public pour le sensationnel. Nous sommes et nous nous adressons à des gens qui ont la passion de la course, et qui ont élu les pilotes comme l'incarnation de leur idéal. La mort de Rindt nous, vous a plongé dans une peine incommensurable, parce que bien sûr, il était l'un des champions et l'un des hommes que nous admirions le plus sincèrement. Ni lui, ni Nina, sa femme, ni leur enfant, ne seront oubliés. Jamais.

 

 

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