L’année scolaire se terminait et la ville du Mans bruissait des "24 heures qui approchaient. La Sarthe et Le Mans en particulier devenaient le centre du monde. La plus grande course automobile du monde n’avait pas eu lieu depuis 1939 et avait été ressuscitée en 1949. 1950 était donc l’année suivante de la reprise. En 1949, je n’étais pas encore au Mans et c'est bien dommage car mon oncle s'occupait du service de dépannage sur la piste, autrement dit il ramenait les voitures en panne au paddock. En plus, il était pilote suppléant sur une Simca conduite par 2 femmes. À ce titre il avait effectué un tour durant les essais. Il ne s’en vantait jamais car il avait failli plier la Simca à Mulsanne...
En 1950, rien de tout ça, peut-être que L'ACO, le club organisateur, avait choisi un autre garage pour faire les dépannages. Néanmoins, de mon poste d'observation sur le trottoir je voyais beaucoup d'animation dans l'atelier en face car l'équipe Gordini" y avait élu domicile. En ce temps-là, les pilotes prenaient leur voiture de course pour un oui, pour un non. Il y avait une rampe, et même deux, au garage, donc les pilotes s'amusaient à monter et descendre ces rampes à toute vitesse. Vous ne pouvez pas imaginer le bruit dans le quartier.
Les Gordini étaient en face, mais tous les garages de la ville hébergeaient des écuries de course. Les plus huppées se mettant au vert dans des châteaux-hôtels dans la campagne sarthoise. C'était la folie ! Ajoutez à ça que les amateurs enlevaient leur pot d'échappement et fonçaient à travers la ville comme des damnés, notamment autour de la place de la République qui devenait pour une semaine le rendez-vous des afficionados. Le matin, pour me rendre à l'école, je passais devant un énorme bâtiment où il y avait quelques voitures de course rangées en file indienne. Un jour, avec l'un de mes copains, je rentrai sans me faire remarquer et je m’immisçai jusqu'au point névralgique : c'était le "pesage", comprenez : "vérifications techniques des voitures". Je me suis retrouvé devant une magnifique Talbot bleue, la numéro 7, les roues étaient aussi grandes que moi...Tellement estomaqué par tant de beauté, par la puissance qui se dégageait de ce monstre que je balbutiais. "C'est celle-là qui gagnera !". Le pilote, Meyrat, qui était propriétaire de la voiture, me regarda en souriant, il devait penser "les enfants ont toujours raison".
/image%2F7178422%2F20251122%2Fob_9c4629_talbotn-7b.jpg)
En fait, il terminera second derrière une autre Talbot, la numéro 5, celle de Rosier père et fils
/image%2F7178422%2F20251122%2Fob_0354da_talbot-n-7.jpg)